Je lui avais dit d’arrêter de me regarder, de s’en aller… je le regrette, tu sais.

Cette image est la propriété de Jeff Thomas*
« Papa, papa, tu me racontes comment toi et maman vous vous êtes mis ensemble ? » S’enthousiasma la jeune fille.
« Pourquoi voudrais-tu savoir cela ? » Questionna alors son père.
« Elle me manque, papa, tellement. Je veux tout savoir d’elle, tout ce que je n’ai pas eu le temps de lui demander moi-même. » Sa voix était triste, mais déterminée aussi. Elle avait perdu sa mère il y avait à peine quelques mois, elle n’en était pas encore totalement remise…mais le serait-elle un jour ?
« Alors je vais te raconter, ma puce ! » Le père s’assit près de son enfant, son regard s’adoucit même si ses yeux se voilèrent un instant. Pour lui aussi c’était dur, très dur.
« Cool ! » Elle s’approcha encore plus de son père, se lovant affectueusement contre lui.
« Mais ne t’attends pas à une belle histoire d’amour comme tu en lis dans ces fichues histoires, hein ? » La prévint-elle.
« Je te connais trop pour savoir que ça n’a pas du être si romantique. » Elle aimait le taquiner. Mais cette fois ci, elle avait raison, son père n’avait jamais été le type extrêmement romantique, plutôt sarcastique même.
« Qu’insinue-tu ? »
« Moi ? Mais rien, rien, raconte moi, papa, s’il te plaît ! » Elle lui fit son sourire le plus innocent et sa moue la plus adorable. Il craquait toujours quand elle faisait ça, et cette fois ci ne faisait guère exception.
« Bien, c’était il y a très longtemps, ta mère et moi étions dans le même lycée… »
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« Arrête de me regardez, idiote ! »
« Pourquoi n’aurais-je pas le droit de poser mes yeux sur toi ? »
« Parce que tu m’énerves, sors de mon champ de vision, veux-tu ? »
« Non je ne veux pas ! Tu n’as pas besoin d’être aussi désagréable ! A croire que tu te complets dans ta solitude. Qu’est-ce qui ne va pas chez toi, dis moi ? »
« Pour l’instant, la seule chose qui ne va pas c’est ta présence à mes côtés. Je n’ai pas besoin d’interagir avec autrui pour être heureux, moi ! Mais je t’en pris, ne t’en prive pas pour moi, va rejoindre ces sottes que tu appelles ‘amies’, et laisse moi donc en paix. »
« Pas avant que tu m’expliques pourquoi depuis plus d’un an déjà je ne t’ai jamais vu parler avec qui que ce soit, si ce n’est les profs de temps en temps. Ca t’est égal ce qu’on dit sur toi ? Ce que les autres pensent de toi ? Les amusements que tu rates, les délires que tu ne peux même pas partager avec les autres ? Ca t’est vraiment égal tout ça ? »
« Parfaitement ! »
« Tu n’es pas normal ! »
« Soit, mais casse-toi maintenant ! »
« Non, pas avant que tu m’expliques ! »
« Je n’ai rien à expliquer ! »
« Si ! »
« Je répondrais alors à tes questions par d’autres questions. Que gagnes-tu à te maquiller chaque matin, à rire sottement aux conneries d’un de ces débiles pas foutu de conjuguer un verbe correctement ? Que t’apportes ces ‘copinages’ futiles alors que tu sais très bien qu’aucune d’entre elles n’est réellement ton amie ? Qu’est ce que ça t’apportes de constructif ? »
« Rien… »
« Tu vois ! »
« Je veux dire, rien de constructif. C’est peut-être futile, mais ça n’en ai pas moins nécessaire. Nécessaire à un être normal. Nous ne sommes que des ados, tu sais. Et à notre âge on se doit de connaître ce genre de petites choses que tu juges futiles. S’amuser, plaisanter, discuter, plaire…aimer… »
« Baliverne ! »
« Et parler comme un ado…tu devrais essayer de temps en temps ! »
« Parler comme un sauvage tu veux dire ? »
« Très drôle ! Non, simplement parler sans rechercher ses mots, les laisser couler, quitte à dire parfois des bêtises, mais c’est amusant la plupart du temps. As-tu seulement déjà fait un lapsus ? »
« Pourquoi une telle question ? »
« Tu réfléchis trop à ce que tu vas dire, parce que tu ne parles pratiquement jamais, alors tu ne peux pas faire de lapsus, tu ne peux pas fourcher sur un mot et en rire après, ou dire un mot qui en fin de compte n’existe pas. Et quelques soient tes projets d’avenir, tu auras besoin de parler, de communiquer, il n’existe aucun métier où l’on reste seul éternellement, solitaire et indépendant. Pas dans notre société actuelle. »
« Je n’ai et n’aurais jamais besoin de personne ! »
« Tu connais la chanson, il ne faut jamais dire ‘jamais’. »
« Nous verrons cela ! »
« Oui, nous verrons. Je te prouverais que j’ai raison. »
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« … et mine de rien, la première conversation d’une longue liste. Sous prétexte de me montrer que j’avais besoin des autres, elle me poussait à converser avec elle. Ta mère était ingénieuse.
Et je suis petit à petit devenu assez accro à nos conversations. Elle avait énormément d’esprit, et si elle me paraissait superficiel en apparences, j’ai vite compris qu’elle cachait énormément de choses merveilleuses, qu’il suffisait de savoir où regarder.
Elle ne m’a pas démontré que j’avais besoin des autres, elle m’a simplement rendu dépendant d’elle.
Enfin pas tout de suite, il m’a fallut du temps, à elle aussi. J’étais après tout une sorte de rustre à ses yeux, une sorte de sauvage, un reclus. Il nous a fallut du temps, des mois, une année et demi entière pour être exacte, car par chance (même si à l’époque je pensais que c’était plus de la malchance) nous sommes allé à la même université. Elle étudiait l’anglais et moi la philosophie, mais qu’important, nous nous voyions toujours, et souvent, très souvent.
C’était assez amusant, elle avait coupé tous les ponts avec ses autres camarades de lycée, et j’étais le seul avec qui elle passait encore du temps.
Au bout de cette année et demi, nous étions complètement amis, et nous n’avions plus peur de mettre un mot sur ce qui nous liait.
Mais tu sais, d’indifférence, en mépris, en amitié, il ne restait plus que l’amour pour compléter le tableau.
Car nous avons passé des années sans jamais faire attention l’un à l’autre, j’ai passé des mois à la mépriser, ne désirer qu’une chose qu’elle s’en aille loin. Mais elle en avait apparemment décidée autrement.
Je lui avais dit d’arrêter de me regarder, de s’en aller… je le regrette, tu sais. Si tu savais comme je le regrette.
Parce qu’elle a fini par le faire.
Je m’en veux !
Son regard s’est éteint de cette étincelle de vie qui l’habitait constamment, et elle est partie…à jamais. Je l’aime tellement ! »
« Je l’aime aussi, papa. Et toi aussi. Ce n’est pas ta faute tu sais ! Et puis, moi je suis toujours là. »
« Et c’est bien ce qui me maintient en vie mon ange. Tu lui ressembles tellement, ma fille. Le portrait craché de ta mère ! »
« Je sais ! »
« Je t’aime ! »
« Moi aussi, papa, moi aussi… »

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4 Comments:
Quand les mots peuvent guérir...quand les mots ne suffisent plus...A quoi bon une bonne parole, si celle-ci n'est pas sincère. je ne parle pas de sincérié spontannée, d'empathie momentanée qui nous pousse à dire une parloe gentille, sachant que celle-ci ravira son destinataire. Non. Je parle de compassion. De réelle sympathie. selon l'éthymologie du terme: souffrir avec. Et c'est une chose rare. Quasi impossible pour l'etre humain.Le drame de la vie, la tragédie meme est que l'on est profondément égoiste, ne s'intérresse qu'a soi-meme. Il n'y a pas de"bonnes parloes", bien intentonnées.Juste des paroles qui sont prononcées pour essayer de faire croire, de se faire croire que l'on aime les autres.Puisqu'il n'y pas de réelle communication possible, quelle issue nous reste -il? A quoi bon se leurrer, se bercer d'illusions humanistes, si l'on sait que tout est faussé d'avance? Il n'y a pas d'issue.Rien. Juste le néant et des simulacres. Un beau reve. Un cauchemar. Tout n'était qu'un reve... Néanmoins: bon anniversaire petite!
Certaine chose de ce que tu dis sont vraie...
...mais si comme tu dis tout n'est qu'illusions, alors qu'on me laisse les miennes!
Même si mon "empathie" ne vient que du fait que je suis égoïste, le résultat est là. Quand une personne souffre, je souffre avec elle et parfois même, plus qu'elle. Cette souffrance n'a surement pas une origine justifiée ou louable, mais elle est profonde et réelle...
Alors à mon tour, je préfère qu'on me laisse mes illusions
Je comprends tout à fait ça!
Chui dans le même cas je crois...
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